Le télétravail, plus adapté aux introvertis?

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Dans notre société du paraître, de l’hyper- communication et de l’art de la persuasion, être introverti apparaît souvent comme un handicap, voire une tare.  L’introverti peut dégager l’image de quelqu’un de timide, de renfermé sur soi, voire d’asocial. Il ne fait pas bon d’être introverti au 21ème siècle si on veut faire sa place dans la société, et ce dès l’école primaire. On peut se demander alors si les temps que nous vivons, et en particuliers le confinement, ne serait finalement pas accueilli par les introvertis comme une sorte de graal qu’ils peuvent enfin toucher. Ils peuvent fuir l’agitation du bureau pour travailler dans l’intimité de leur foyer. Il semble qu’il faille relativiser cette conclusion.

Pour se faire une idée, il faut sans doute chercher à comprendre ce qu’est l’introversion.  Carl Gustav Jung, médecin psychiatre suisse, est celui qui a défini et sans doute le plus approfondi le concept : pour simplifier, l’introverti est simplement quelqu’un qui régénère son énergie en étant seul, en se donnant du temps et de l’espace. On peut comprendre que les openspace ou les co-working qui se généralisent seront pour eux source de stress, s’ils ne peuvent au cours de la journée se retrouver seuls au moins un moment pour exécuter leurs tâches dans le calme.

Le trait de personnalité comportemental introversion/extraversion a été repris par plusieurs modèles de personnalité en s’inspirant des travaux de Jung : le Big five, le MBTI, Leonardo,… D’autres tels la Process Communication ou l’Enneagramme, ont plutôt cherché la motivation profonde de l’introverti, et ne le voient pas nécessairement comme un trait comportemental discriminant. Au sens de la Process Communication, l’introverti se retrouve dans le type « Imaginer » : un type de personnalité qui a pour force d’être quelqu’un de réfléchi, de calme et de très imaginatif. Il a comme besoin psychologique principal la solitude, et plus précisément le temps et calme. Il est doué pour les réflexions stratégiques et l’imagination de solutions. Sa question existentielle est : suis-je voulu dans ce groupe, famille, monde ? Sous stress il aura tendance à se refermer sur lui-même et fuir le contact social (pour recharger ses batteries). Bill Gates, Einstein, Alain Souchon ou François Hollande sont des personnalités qui ont le type « Imaginer » pour base, et ont plutôt bien tiré leur épingle du jeu dans ce monde. L’Enneagramme décrit le type 5, le « spécialiste réservé » comme le plus introverti des 9 types.  Ses qualités sont d’être curieux, inventif, perspicace, non sentimental et auto-suffisant. C’est d’ailleurs leur motivation profonde : comprendre le monde, lui donner un sens et être auto-suffisant. Ils voient le monde comme un endroit qui peut envahir leur intimité et croient dès lors qu’ils doivent s’employer à protéger leurs ressources et leur énergie.  Leur mécanisme de défense est l’isolement et se couper de leurs émotions. Leur peur fondamentale est d’être confronté au vide. Ils préfèrent se priver que d’accroître leur dépendance envers les autres.

On comprend de ces descriptions notamment que le type introverti n’est pas quelqu’un d’asocial par essence. Il a besoin autant de contacts sociaux que quiconque, mais que sous stress, il peut plus rapidement se fatiguer des autres. Il aura alors plus besoin de moments solitude, où il peut se retrouver avec lui-même, dans son monde intérieur très riche et vivant.

Certains introvertis ont signalé que leur niveau d’anxiété était au plus bas pendant le confinement, du moins au début. Mais la motivation des extravertis à multiplier les activités sociales par écran interposé, au-delà des déjà nombreuses réunions virtuelles, tels les jeux de sociétés digitaux, les échanges de recettes, les soirées cinéma, les « apérozoom », est venu mettre un bémol à cette tendance.    

Les entreprises ne veulent pas perdre le lien avec leurs équipes, et sont préoccupées par la souffrance du manque de contacts et la baisse de motivation de leurs collaborateurs. Il est cependant important de réaliser que les introvertis qui travaillent à la maison ont besoin de moments de calme où ils peuvent réfléchir, se retrouver avec leurs pensées pour décompresser.

Quelques recommandations donc pour que le télétravail qui est amené à se généraliser et apparemment à durer, puissent convenir à tous les types psychologiques des collaborateurs :

  • Accepter que la « porte numérique » de vos collaborateurs soient de temps à autre close. Prendre un rendez-vous pour un appel peut aider grandement les collègues, qu’ils soient extravertis ou introvertis, à mieux gérer leur emploi du temps, surtout lorsque les enfants font également partie de leur environnement de travail.
  • Prévoyez suffisamment de pauses entre les réunions en ligne pour que les gens ne se sentent pas dépassés et puissent se remettre de la « fatigue du zoom ».
  • Faire en sorte qu’il soit acceptable que les gens éteignent leur caméra pendant les appels vidéo de groupe s’ils le souhaitent.
  • Faites savoir qu’il est toujours possible d’utiliser le téléphone à l’ancienne à la place de l’écran.
  • Faites du divertissement virtuel un choix, et non une obligation.

Permettre différentes façons d’utiliser les technologies digitales et s’accommoder des préférences individuelles aidera grandement tous les employés à mieux fonctionner dans un monde numérique et à se sentir plus compris et pris en charge en ces temps difficiles.

Philippe Vaneberg

Carole Warlop